Miracle ! ...Ni à Lourdes, ni à Jérusalem ...mais à Mollans-sur-Ouvèze !


Je vous explique :

Vendredi soir, à l'heure où il fait bon rentrer chez soi pour démasquer nos visages séchés par les contraintes sanitaires... Quand le soleil commence à dédarder ses rayons des toits de tuiles de cette jolie cité provençale, ne voilà t'il pas qu'une troupe de théâtre, surgissant de l'Enclave des Papes, a dévalé la montagne de Vinsobres et a posé au pied du Ventoux, à Mollans-sur-Ouvèze, ses carrioles de Thepsis motorisées, sur le théâtre de verdure aménagé par la Mairie grâce à l'initiative de son maire, Frédéric Roux.

D'habitude, les musiques douces ou tonitruantes, le théâtre de foire ou de cabaret, les voix le plus souvent mélodieuses des artistes dramatiques s'élèvent dans le ciel d'été. En suppliant que les cigales s'endorment aux alentours de 21h30...

Mais vendredi, pas du tout ! Dans ce charmant enclos de verdure étaient conviés les heureux spectateurs de Mollans et des villages environnants pour assister au lancement de saison de ce tout nouveau Centre Dramatique des Villlages du Haut Vaucluse.

Les deux directeurs, Gilbert Barba et Frédéric Richaud ne manquent ni de talent, ni de folie généreuse. Quoi ! Choisir Mollans-sur-Ouvèze pour inaugurer une saison théâtrale qui se déroulera autant dans nos grandes villes voisines : Vaison la Romaine, Valréas, Bollène... et nos villages essaimés du Rhône aux Dentelles de Montmirail... Faire en sorte que citadins et villageois de ce territoire, apprécié l'été par les touristes mais habité toute l'année par les citoyen.ne.s de ce Pays tapissé de vignes et de lavandes, soient approchés par la geste culturelle produite par ce théâtre vivant ! Cela tient du miracle... laïc ! Dont on ne vantera jamais assez les effets positifs dans l'art du vivre ensemble.

Songez donc que vers 19h, après les propos du maire et des directeurs nous expliquant que le choix du Théâtre de Verdure leur permettait de nous accueillir en respectant les contraintes sanitaires dans ce cadre festif, nous eûmes la primeur du 1er spectacle de la saison devant un public venu en grand nombre.

Et là, comme l'aurait clamé la Vénus de Milo, si le marbre n'avait pas étouffé sa voix : « Les bras m'en tombent ! ».

Poursuivons !
Au lieu d'un prologue avec fifres et tambourins ou d'une parodie de tempérance joyeuse, les deux directeurs nous ont offert un spectacle d'une haute portée intellectuelle, joué par deux comédiens totalement débridés, s'entendant aussi bien que nos duettistes géniaux d'avant Covid.. on disait autrefois d'avant guerre. J'ai nommé Poiret et Serrault. Oui, ne lésinons pas sur les airs de ressemblance. Ils étaient tous deux aussi vifs que ces deux acteurs célèbres dans leurs échanges drôlatiques. Ils avaient pourtant choisi un sujet qui ne prêtait pas à rire et plus à même d'intéresser un public concerné par les aléas de l'histoire théâtrale. « Que sera le théâtre dans 50 ans ? », sous- titre de la pièce baptisée « Le Casque et l’Enclume », effet humoristique de la célèbre émission du dimanche soir à 20h.

« Que sera donc le théâtre dans 50 ans ? » exposent donc les 2 comédiens en prenant les rôles de deux intellectuels surgis des années 1968 où le théâtre et la société étaient « culs par-dessus têtes ». On avançait des idées avec une ardeur frénétique. On prenait ses propres arguments comme aussi tempétueux que ceux de Moïse sortant vivant des flots du Jourdain. Bref, comme dans l'émission du cher Michel Polac où tous les coups étaient permis, et même les poings dans la figure de l'adversaire, Cyril Cotinaud et Sébastien Davis nous ont restitué ces débats homériques devant un public ravi de la prouesse des comédiens. Certes, quelques affirmations comme « Vilar est un fasciste ! » a peut-être été prise au 1er degré sans savoir qui était Vilar, dénoncé ainsi par ses ennemis irréductiblement à droite... il n'y avait pas encore d'extrême droite organisée en ce temps-là. Mais lorsqu'on termine un tel propos en citant Brecht et en disant l'extrait de « La Mouette » de Tchekhov lorsque Nina joue la pièce de Treplev, alors là.. Là !... je reprends mes bras pour les applaudir à tout rompre.

Et je leur offre pour terminer, aux acteurs, aux directeurs et à leur troupe, au maire et à tous les spectateurs, cet extrait d'un texte célèbre de Jacques Copeau, premier apôtre en chef de la Décentralisation. Ils comprendront pourquoi :
« (...) Nous sommes à l'heure où il faut sortir du théâtre. Quitter le théâtre ? Pour aller où ? A l'église ? A l'usine ? Dans les palais des nouveaux riches ? À la maison du peuple ? Sur la place publique ? Peu importe le lieu, pourvu que ceux qui s'y rassemblent aient besoin de nous écouter, que nous ayons quelque chose à leur dire et à leur montrer.
Si nous ne savons pas où aller, allons dans la rue ! Ayons le courage de montrer que notre art est sans asile.(...) »

Serge PAUTHE